Robert Estienne, Bible (1546)

Robert Estienne travaille sa vie durant à imprimer des Bibles dont il veut que le texte, repris aux meilleures sources, soit irréprochable. Son immense érudition en matière de textes sacrés et sa connaissance parfaite de l'hébreu et du grec conduisent François Ier à le nommer à la tête du Collège des trois langues – socle du futur Collège de France. Estienne grave lui-même plusieurs caractères hébreux, avant de doter son imprimerie d'un romain inspiré d'Alde Manuce, mais décliné dans plusieurs corps, bien harmonisés, que l'on attribuera faussement par la suite à Garamond. Ce dernier sera en revanche appelé par Estienne pour la gravure de grecs, destinés avant tout à la publication des Bibles, commandités par François Ier et qu'on désignera sous l'appellation de « grecs du roi ». Le bel ouvrage in-folio présenté dans ce dossier témoigne de l'usage de cet appareil typographique inédit, de manière à rendre clairement lisible un texte dont l'accès était réservé jusque-là au clergé. La Bible de 1546 possède quelques illustrations représentant le Temple de Salomon, qui seront réemployées dans la Bible publiée à Genève dix ans plus tard. Rare exemple d'utilisation de l'image, proscrite par ailleurs des livres d'Estienne qui se range du côté de la Réforme calviniste. Obligé de s'exiler à la fin de sa vie pour échapper à l'Inquisition, il publiera à Genève, en français, un pamphlet dénonçant l'ignorance des théologiens de la Sorbonne qui leur faisait méconnaître le texte même des Dix commandements. Estienne s'était d'ailleurs attaché à le rétablir et à faire savoir le résultat de ses travaux en placardant les Dix commandements revus et corrigés, dans Paris, « en belles et bonnes grosses lettres » selon ses dires.