Edition complète des œuvres de Voltaire, Kehl (1784-1785)

Voltaire, mort en 1778, les foudres de l'Eglise redoublent : la sépulture religieuse lui est refusée et la censure de ses écrits renforcée. La « Société littéraire typographique », fondée par l'essayiste et dramaturge Caron de Beaumarchais, et installée à Kehl, en Allemagne, à la frontière française, se consacre à l'édition et à l'impression des œuvres complètes de Voltaire, à patir de 1781. S'appuyant sur les manuscrits et matériaux réunis par Charles-Joseph Panckoucke, principal éditeur de Voltaire à la fin de sa vie, Beaumarchais entend confèrer à la première édition posthume un aspect monumental. A cet effet, il acquiert auprès de la veuve de John Baskerville ses prestigieux poinçons. Dans les prospectus destinés aux souscripteurs, il met en avant la qualité de la typographie « avec les types de Baskerville », soulignant que « l'art de l'imprimerie et surtout l'art de la gravure des types ou poinçons ont été portés par cet artiste anglais au plus haut degré de perfection possible. » L'impression est réalisée sur papier vélin satiné à grandes marges, selon la technique et les principes de composition établis par Baskerville. Dans le cortège accompagnant les cendres de Voltaire au Panthéon, le 11 juillet 1791, ses œuvres complètes sont portées par des hommes vêtus à l'antique, précédant la statue dite du « Voltaire assis » de Houdon et un modèle réduit de la Bastille. Beaumarchais installe une imprimerie et une fonderie, à Paris, pendant la Révolution, qui fournit les impressions de Panckoucke, dont le Moniteur universel. Tandis que le Cercle social, organe de propagande du parti Girondin, emploie les types de Baskerville dans ses bulletins La Bouche de fer et L'Ami de la Constitution et de nombreuses affiches.

Voir  : http://fonds-voltaire.org
« Au moins cinq versions distinctes, en 70 ou 92 volumes, furent publiées entre 1784 et 1789, d’innombrables prospectus d’annonce et de relance diffusés à travers l’Europe entière. Achat de fabriques de papier ; location du fort de Kehl pour échapper à la censure en vigueur en France ; installation de dizaines de presses sur le site ; acquisition des matrices du fameux Baskerville et fonte spéciale de centaines de tonnes de caractères ; impression de millions de feuilles, reliure et diffusion de dizaines de milliers de volumes, livrés à mesure aux souscripteurs et au public : tâche énorme, jugée trop lourde par Panckoucke, le plus grand éditeur de l’époque, et que reprit donc l’infatigable Beaumarchais, en déléguant la direction éditoriale à Condorcet, secondé par Decroix, par Ruault et par toute une équipe de copistes et de rédacteurs, d’administrateurs et de gérants. »

Document : bibliothèque de l'école Estienne. Volume soixante-sept d'une édition commune, seuls les tirages sur grand papier possèdent des gravures.