Rouchon, l'affiche en couleur (1845-1860)

Jean Alexis Rouchon (1794-1878) imprimeur en papier peint, à Paris, fait enregistrer des brevets concernant « l'application de l'impression sur papier peint à l'impression en couleurs des affiches » en 1844 puis en 1851. Le procédé consiste à graver des planches de bois pour chaque couleur, appliquées alternativement sur le support papier. Il permet l'utilisation de lettres mobiles gravées également sur bois, la dimension des affiches n'autorisant pas l'emploi de caractères plomb. Ces affiches sont parmi les premières à être apposées sur les murs de France dans des formats inusités jusque-là (150 cm de hauteur en moyenne) et en bénéficiant d'une impression polychrome. Les débuts de Rouchon correspondent à la fin de la vague romantique et il édite quelques affiches annonçant des parutions d'ouvrages illustrés par des dessinateurs tels que Bertall, collaborateur attitré de Balzac. Mais si l'esprit demeure, la forme diffère nettement des lithographies des décennies précédentes, destinées à garnir l'intérieur des librairies plutôt qu'à la rue. Le procédé du papier peint oblige à une simplification du trait, impose la pratique des aplats (même si quelques dégradés sont réalisés) et génère des contrastes de couleurs puissants. La typographie est également sans fioritures, puisant à un registre assez restreint de caractères bâtons et d'égyptiennes, accompagnés de quelques didones et normandes. Cela confère à la production de Rouchon, soit plusieurs centaines de créations en près de vingt ans, une dimension signalétique singulière, contribuant à populariser l'usage des antiques et des mécanes dans l'espace public. (En 1847 apparaissent, à Paris, les premières plaques en fonte émaillée portant les noms des rues en blanc sur fond bleu foncé). De nombreux « magasins de nouveautés », précurseurs des grands magasins, font appel à son imprimerie et les affiches reprennent les motifs de leurs enseignes, en ajoutant slogans et réclames. Théâtres de variétés, spectacles divers lui passent également commande, de même que des marques de produits alimentaires, des fabricants de hangars ou de chalets en bois, etc. Rouchon s'inscrit dans la tradition ancestrale de l'imagerie populaire autant qu'il incarne les débuts de la révolution industrielle. D'autres éditeurs tentent de le concurrencer par le biais de la lithographie en couleurs naissante, comme la maison Van Geylen, à Paris, qui réalise des affiches dans une veine similaire. Rouchon travaille jusqu'à la fin du Second Empire, puis son procédé devient obsolète avec l'apparition de la chromolithographie.
Documents : l'ensemble des documents provient des fonds de la Bibliothèque nationale de France, sauf « Chalets en bois » et « A l'œil » (fond vert) conservés aux Arts décoratifs, Paris.