Les Cochins, fonderie Peignot (1912)

A la veille de la Première guerre mondiale, Georges Peignot et Francis Thibaudeau puisent dans la lettre calligraphiée du XVIIIe siècle une inspiration nouvelle. Ils prennent pour modèles les gravures en taille-douce de Charles-Nicolas Cochin (1715-1790) recueillies dans ses nombreux frontispices et planches de livres, fleurons et ex-libris, en-têtes ou cartons d'invitation. A partir des capitales dessinées par Cochin, un jeu de bas-de-casse est forgé, dont l'originalité consiste à installer les hampes des minuscules dans le corps supérieur. Ce contraste confère une tonalité inédite au texte. Le caractère champlevé est dénommé Moreau-le-jeune en hommage à un autre grand graveur du XVIIIe siècle. Les vignettes sont reprises de la typographie Fournier, dont on procède à une nouvelle gravure. Les ornements sont confiés à Pierre Roy et André Marty, collaborateurs de La Gazette du bon ton. Lucien Vogel et Georges Peignot décident en effet de lancer simultanément, en 1912, le nouveau type et cette nouvelle revue de mode, composée exclusivement en Cochins. La Gazette du bon ton connaît un succès spectaculaire, grâce à sa mise en pages et à la collaboration de rédacteurs et d'illustrateurs représentant des tendances modernes, comme Paul Iribe ou Georges Lepape. Voir : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/cb32781018t/date. Le premier spécimen fut publié seulement en janvier 1914, une fois les deux mille poinçons achevés – soixante-deux alphabets, les ornements et les vignettes. Il comporte un grand nombre d'exemples d'applications, imprimés en noir, or ou en couleurs, et parfois collés sur la page. Les Cochins ont constitué une des plus grandes réussites de la fonderie Peignot, entretenue notamment par leur usage dans la revue Arts et métiers graphiques, à partir de 1927, et leur promotion par la fonderie Deberny et Peignot.
Document : bibliothèque de l'école Estienne.