La typographie Auriol, fonderie Peignot (1901–1911)

Jean-Georges Huyot dit George Auriol (1863-1938) était un peintre, illustrateur et un dessinateur de lettre. Ses travaux pour l'édition (Hachette, Larousse), les magazines ou la réclame popularisent un style de lettre peinte fortement marqué par le japonisme et l'Art nouveau. Collaborateur de l'imprimeur Eugène Verneau pour lequel il réalise la lettre de nombreuses affiches, dont La Gitane de Toulouse-Lautrec, en 1899, il créée par ailleurs plusieurs centaines de vignettes et fleurons. De sa rencontre avec Georges Peignot, le nouveau patron entreprenant de la fonderie, naît tout d'abord un caractère de fantaisie, la Française légère (dont le modèle est déposé en octobre 1899, mais qui est publié seulement fin 1901). Destiné à compléter le Grasset dans le registre publicitaire, et accompagné des vignettes Sylvie, ce caractère apparaît à Peignot et son conseiller Francis Thibaudeau, susceptible d'engendrer une typographie complète de « création moderne ». Auriol, Peignot et Thibaudeau travaillent dès lors à un labeur et des déclinaisons : l'Auriol champlevé paraît en 1903, l'Auriol labeur et la Française allongée en 1904. A partir de 1905 jusqu'en 1911, est publiée une série de caractères de titres, les Robur : noir, allongé, pâle, tigré, clair de lune large, clair de lune allongé, etc. La fonderie ne ménage pas ses efforts pour faire connaître ces réalisations. De nombreuses plaquettes sont diffusées pour en montrer les usages aux imprimeurs. Thibaudeau qualifie le labeur de « romain au pinceau » et l'ensemble de la production d’« écriture typographiée ». Des événements sont organisés, comme la présentation de l'Auriol labeur à l'occasion de la luxueuse parution d'À Rebours de Huysmans, édité par les Cent bibliophiles, superbement illustré par Lepère et composé pour la première fois avec le nouveau type de Peignot. Plus marqués Belle Époque que le Grasset, l'emploi des Auriol déclinera brusquement après la Première guerre, bien que Francis Thibaudeau les ait mis en valeur dans ses ouvrages tardifs : La Lettre d'imprimerie (1921) et le Manuel français de typographie moderne (1924).