Firmin et Pierre Didot, éditions stéréotypes (1795-1803)

En 1795, Firmin Didot met au point le procédé qu'il désigne sous le nom de stéréotype pour imprimer les Tables portatives de logarithmes de François Callet. À l'exposition des produits de l'industrie de 1798, il présente plusieurs ouvrages réalisés avec ce nouveau procédé. Lequel consiste à obtenir une empreinte de la forme typographique, composée en caractères mobiles, en la pressant dans du plâtre ou du papier mâché. Un alliage de plomb est ensuite coulé dans cette empreinte ou matrice en creux pour réaliser un bloc stéréotype (en grec « forme solide ») de l’ensemble de la composition. Ce bloc très robuste peut être utilisé durablement sans se détériorer, permettant de restreindre l'emploi des caractères mobiles et également de fournir des matrices aux autres imprimeurs. Dans un avertissement à l'ouvrage de Callet, Firmin Didot s'est expliqué sur les raisons du développement de cette technique et sur les multiples difficultés qu'il a rencontrées pour la mettre au point. « Ma première idée fut de faire une fonte des chiffres assez ample pour conserver toutes les pages, et les imprimer au besoin ; mais, en examinant plus sérieusement ce moyen, je ne pus me dissimuler tous ses inconvénients : l’impossibilité de mouvoir sept à huit cents pages de cette nature sans qu’il en résulte jamais aucun accident, est démontrée, du moins pour ceux qui ont quelque idée de l’art typographique. Enfin j’ai cru trouver le moyen de parer à tous les inconvénients ; c’était de conserver toutes les pages, après avoir rendu les caractères immobiles, et je me mis à graver et à fondre les chiffres, ne doutant nullement de la réussite. Mais lorsque je voulus entreprendre la dernière et la plus importante opération, c’est-à-dire de souder ensemble tant de lettres à la fois, pour n’en faire qu’un seul corps, j’éprouvai des difficultés, des contrariétés renaissantes et si bizarres, que j’en fus quelquefois découragé. (…) La supériorité que mes éditions doivent obtenir sur toutes celles qui ont été faites, c’est que, dans peu d’années, elles seront absolument exemptes de fautes. » Firmin et son frère Pierre Didot développent ces éditions de manière à publier des ouvrages de petit format à bon marché, rationalisant encore le procédé et lui conférant une dimension quasi industrielle. Un très grand nombre d’exemplaires des œuvres des classiques sont imprimés sous le consulat et l’Empire et à la Restauration avec les stéréotypes Didot qui sont diffusés auprès d'autres imprimeurs et éditeurs. Comme l'indique dans une préface Firmin en 1799 : « La collection des éditions stéréotypes des citoyens Pierre Didot, Firmin Didot offre au public divers avantages importants : 1°. Une grande économie sur les frais d’acquisition. 2°. Une correction rigoureuse [... ] 3°. Le faculté de ne prendre les ouvrages en plusieurs tomes que volume à volume seulement, et même celle de choisir tel ou tel volume d’un ouvrage [.... Cette collection (de format in-18 et in-12) comprendra tous les bons ouvrages connus dans les langues vivantes et mortes, et sera suivie très rapidement. Il est en outre un avantage particulier pour des entrepreneurs ; c’est de pouvoir se procurer des planches solides absolument conforme aux nôtres, et d’être ainsi à portée d’imprimer toutes nos éditions sans aucun embarras de fonte de caractères, de composition, de lecture d’épreuves, et seulement à mesure du débit, ce qui évite toute avance de papier et d’impression. »
Sont présentés dans ce dossier des extraits de : Saint-Réal, Conjuration des Espagnols, Paris, imprimerie et fonderie stéréotypes de Pierre Didot l'aîné et Firmin Didot, 1803 ; Montaigne, Essais, tome deuxième, Paris, Pierre Didot et Firmin Didot, 1803.
Documents : bibliothèque de l'école Estienne.