Marcellin-Legrand, Épreuve de nouveaux caractères de l'Imprimerie royale (1828)

Marcellin-Legrand demeure un graveur méconnu, dont aucune biographie n'a rendu compte, qui pourtant a produit un grand nombre de types au XIXe siècle, mais pour l'essentiel des caractères des langues asiatiques anciennes et modernes. Lié aux Didot, il était semble-t-il le neveu d'Henri, il apprend dans leurs ateliers l'art de la gravure et de la fonderie. À partir de 1825, il participe à la commission chargée de statuer sur l'élaboration d'une nouvelle typographie pour l'Imprimerie royale. Il s'agit de renouveler un corpus malmené par la Révolution et l'Empire : le romain du roi ayant failli disparaître dans les troubles, puis le « Didot millimétrique » conçu par Firmin pour Napoléon étant demeuré inachevé (deux corps seulement furent gravés). Des membres de l'Académie française, des Académies des sciences, des beaux-arts, des inscriptions et belles-lettres, et trois graveurs (Firmin Didot, Mollé et Marcellin-Legrand) sont chargés de définir le nouveau caractère qui remplacera le romain du roi. Marcellin-Legrand se voit confier sa réalisation. Seize corps de romains et d'italiques sont gravés de 1827 à 1832. Une Épreuve de nouveaux caractères de l'Imprimerie royale est publiée en 1828. Elle comprend un « Premier cahier constitué de sept corps ». Un avertissement indique les dispositions prises par la commission pour régir les travaux. Le corps 16 sert de « type-modèle » pour la gravure des autres corps. La commission entend établir « un juste milieu » entre les types modernes et les anciens types, selon le constat, fait à la majorité de ses membres, que : « le système suivi le plus généralement aujourd'hui ne semble avoir fait gagner à chaque lettre plus d'élégance dans le dessin qu'en faisant perdre à l'ensemble du caractère l'avantage d'être lu sans fatigue… » C'est la lisibilité des Didot qui est remise en cause et l'on comprend que Firmin n'ait pas donné suite à l'offre de la commission de soumettre sa candidature à la conception de la nouvelle typographie. Marcellin-Legrand se voit donc confier la tâche de concevoir un curieux hybride entre romain du roi et didot, dont la chasse doit d'ailleurs être similaire. Il contribue à distinguer son type en lui attribuant quelques hardiesses dans le dessin, dont un « g » monoculaire qui est peut-être la première occurrence du genre en typographie. En 1844, Marcellin-Legrand, revêtu du titre officiel de « graveur de l'Imprimerie nationale », complète ses travaux de quatorze corps d'initiales. Puis, il réalise une nouvelle gravure, destinée à remplacer celle de 1825-1832, en usage à partir de 1847.