Affiches de librairie romantiques (1830-1850)

L'affiche de librairie s'installe comme un genre particulier dans les années 1830, en France. Il s'agit en effet d'un support d'expression qui incarne et conjugue l'essor du roman, de l'illustration et de la représentation lithographique. Destinée à être apposée à l'intérieur des magasins plutôt que dans les rues, annonçant les livraisons successives (chaque ouvrage est vendu par livraison hebdomadaire de 4 à 8 pages, le titre, la table et la couverture sont distribués avec le dernier envoi) et appelant, en général, la clientèle à souscrire à leur achat, ce type d'affiche connaît un engouement marqué durant la période romantique, qui ira déclinant sous le Second empire. Il demeurera par la suite des éditions d'affiches popularisant les ouvrages à paraître, mais elles quitteront les intérieurs des librairies pour les murs des villes, et seront le fuit de créations originales, imprimées en chromolithographie à un nombre plus important d'exemplaires. L'affiche de librairie romantique met d'abord en valeur des romans populaires, dont certains sont inscrits dans la mémoire collective, comme ceux d'Alexandre Dumas, Eugène Sue ou Paul Féval. Des genres littéraires spécifiques à la période, « Physiologies » et almanachs comiques, ainsi que les livres documentaires ou historiques illustrés disposent également d'un répertoire d'affiches, souvent étonnantes dans leur inspiration – voir les divers ouvrages consacrés au « Jardin des plantes » et à sa faune exotique. L'affiche de librairie est en général de format modeste, 70 cm de hauteur tout au plus, et tirée en lithographie à l'encre noire, parfois rehaussée d'une ou deux couleurs. Les illustrations sont le plus souvent reprises de celles des ouvrages, frontispices en particulier, et agrandies, accompagnées de textes propres à l'affiche, dont les lettrages, souvent manuscrits, peuvent avoir été réalisés par les lithographes (chez Lemercier notamment). Parmi les créations les plus notables, les affiches de Tony Johannot (1803-1852), de Paul Gavarni (1804-1866), de Grandville [présentées dans le dossier « Jean-Jacques Grandville (1828-1847) »]. Mais de nombreux auteurs méconnus, comme Charles Guilbert, ou anonymes ont fourni des dessins remarquables, évoquant à merveille l'esprit de l'époque.