Spécimen de caractères, fonderie Gillé (1778)

Joseph Gillé (? -1810) établit une fonderie à Paris vers le milieu du XVIIIe siècle. Il propose un premier spécimen de ses caractères en 1764. Fournier-le-Jeune le mentionne dans son Manuel typographique, en 1766. En 1773, Gillé publie de nouvelles « Épreuves des caractères », dont il se glorifie, en préface, de leur emploi par « l’imprimerie établie à Versailles pour le Service de la Guerre & des autres Départements de l'administration » et par l'Imprimerie royale de Prusse à Berlin. Il affiche ainsi une réussite notable en tant que graveur et fondeur du roi, malgré le dur statut de son métier encore en vigueur : les fondeurs à Paris n'avaient pas le droit d'accéder au métier d'imprimeur et étaient tenus de déclarer à la police le matériel qu'ils vendaient. Son spécimen est imprimé sur le seul verso des feuillets, dont certains sont repliés. Les nouveaux fleurons et vignettes sont précédés d’une page de titre particulière et se terminent par une grande planche dépliante de vignettes. Ce dispositif est repris dans sa présentation des Caractères de la fonderie de J. Gillé, graveur et fondeur du Roi daté de 1778. Il s'agit probablement d'une nouvelle gravure réalisée, comme il est indiqué en titre, pour l'Imprimerie de la Loterie Royale de France. Mais ces caractères diffèrent peu des précédents. Ils constituent de bons exemples de types de transition, influencés par Fournier, sans que Gillé soit un simple épigone. La fidélité au modèle romain garalde reste de mise, perfectionné par une certaine rigueur géométrique. Gillé écrit : « J'ai donné à mes caractères une coupe nette, un alignement exact, une forme gracieuse & régulière… » Les italiques, comme chez Fournier et tous les graveurs de la seconde moitié du XVIIIe siècle, possèdent plus d'originalité. Joseph-Gaspard Gillé, son fils, dira de cette période et de ses créateurs : « M. Fournier, auteur du Manuel typographique, mon père graveur du Roi sous Louis XV et les graveurs du temps regardaient l'école de Garamond comme le nec plus ultra de la typographie. » Voir référence : Joseph-Gaspard Gillé « A Messieurs les Membres du Jury pour le Concours des progrès de l'Industrie française », 1823.
Document : bibliothèque de l'école Estienne.

Voir : http://bibliotheque-numerique.nimes.fr/fre/notices/161557-Epreuves-des-caracteres-de-la-fonderie-de-Joseph-Gille-graveur-et-fondeur.html