Alphabets, édition de la revue Arts et Métiers Graphiques (1930)

Arts et métiers graphiques dans son numéro 18, du 15 mai 1930, annonce la publication de l'album Alphabets en ces termes : « Nous avons pensé qu'il serait intéressant pour [nos] lecteurs de posséder un album présentant différents modèles de lettres et qui leur permit de se rendre compte de l'évolution de la forme de chacune d'elles. Nous nous sommes réservés l'exclusivité de l'édition française de l'album édité par Herbert Hoffmann en collaboration avec Albert Bruckner, Max Hertwig et Rudolf Koch. » La publication de Herbert Hoffmann parue début 1930, à Stuttgart, sous l'intitulé Hoffmanns Schriftatlas. Das Schriftschaffen der Gegenwart in Alphabeten und Anwendungen, constitue un florilège de la création typographique en Allemagne depuis le Werkbund jusqu'aux antiques géométriques des années 1925, en passant par les recherches calligraphiques d'un Rudolf Koch. Un recueil de grand intérêt prouvant la vitalité de la typographie outre-Rhin que la revue Arts et métiers graphiques décide de diffuser en France, en y agrégeant les réalisations de la fonderie Deberny et Peignot (propriétaire d'AMG) propres à s'inscrire dans ce cadre. Le choix est étonnant, connaissant la méfiance du monde de la typographie en France vis-à-vis de l'Allemagne et de ses œuvres. Il est guidé par plusieurs considérations que les écrits de Maximilien Vox éclairent. En 1929, en effet, Vox, conseiller typographique de Deberny et Peignot, et un des principaux acteurs d'AMG, livre dans la revue Art et décoration, une vision critique de l'évolution de la typographie en France, au regard notamment de ce qui se produit en Allemagne. Voir : Références : Maximilien Vox, « Typographie », Art et décoration, 1929. Il opère notamment ce constat : « La France ne compte présentement aucun grand créateur de lettres spécialisé et faisant autorité à l’égal des Koch, des Renner, des Ehmke, des Bernhard et autres artistes typographiques allemands », indiquant implicitement que Naudin et Cassandre sont des dessinateurs de circonstances, malgré les louanges qu'il tresse au Naudin et au Bifur. Par ailleurs, Deberny et Peignot débute, au printemps 1930, l'édition de l'Europe, qui n'est autre que le Futura de Paul Renner, dont la fonderie a acheté les droits pour la France, son Empire et les pays francophones à l'entreprise Bauer à Francfort. Maximilien Vox, comme il le révélera ultérieurement, a mis sa démission en balance pour obtenir que l'accord soit conclu. Voir dossier : L'Europe ou le Futura en France (1930). L'Europe est commercialisé au printemps 1930, soit concomitamment à la parution d'Alphabets, et fera l'objet d'un splendide « Divertissement typographique » sous la direction de Vox un an plus tard. Voir dossier : Divertissements typographiques 4, Europe et Studio, Deberny et Peignot (1931)
Document : archives Signes.