Le Bifur, Cassandre, Deberny et Peignot (1929)

Cassandre, à partir de 1927, travaille au Bifur, un alphabet comprenant uniquement des lettres majuscules, dont les formes sont simplifiées à l'extrême afin de « restituer à [la] lettre tout ce qui est à elle, mais seulement à elle ». Il en résulte un type d'aspect géométrique et modulaire dont l'ambition architectonique est patente : Bifur est capable de soutenir l'architecture à venir et d'être un élément essentiel de son organisation. Pour Cassandre, le Bifur représente seulement une étape dans l'avènement d'une écriture nouvelle, alliant des qualités épigraphiques monumentales et la lisibilité nécessaire pour la lecture courante des imprimés. Une écriture conçue à partir de la lettre capitale, car il formule l'hypothèse que « la minuscule n'est qu'une déformation manuelle de la lettre monumentale, une abréviation, une altération cursive imputable aux copistes. » Il n'aura de cesse dès lors de développer sa recherche typographique à partir de ce postulat, en quête de son approbation scientifique. La fonderie Deberny et Peignot met en œuvre le Bifur selon les principes de Cassandre, qui paraît en 1929, et n'est pas encore le caractère universel projeté, mais un « caractère de publicité », tel qu'il est présenté lors de son lancement, préfigurant un type idéal à venir. Le Bifur ne rencontre pas un succès commercial, selon les dires de Charles Peignot lui-même, sans doute trop « signé » pour apparaître comme le type moderne de titrage par excellence. Seul demeure le manifeste que constitue son spécimen réalisé par Cassandre.